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Overkill : Les canons 152 mm sur les CCP russes

Quand on parle de tanks, le concept de puissance de feu vs. blindage est aussi ancien que les véhicules eux-mêmes, mais ce n'est pas simple comme monter le plus gros canon qu'un châssis puisse accueillir. Il y a beaucoup d'éléments qui entrent dans l'équation, et au fil des cent dernières années de combats blindés, les concepteurs de tanks se sont toujours posé la même question :

“Est-ce que ce tank a besoin d'un canon aussi gros ?”

Avant de répondre, considérons plusieurs éléments :

Besoin au combat — Est-ce que ce tank a besoin d'un canon plus gros ? Améliorer un canon par rapport aux standards en vigueur mène à toutes sortes de problèmes annexes. Tout d'abord, il n'y a pas que le canon qui va changer : ses munitions vont également devoir être modernisées. Après tout, si le nouveau canon utilise les anciens obus, le gain de performance sera relativement faible. Les nouvelles munitions, cependant, doivent être développées et produites - cela vaut-il vraiment le coup de se donner tant de peine si votre ennemi utilise des véhicules blindés que votre canon plus ancien peut vaincre sans peine ?

sherman

Sherman Firefly

Ergonomie – monter un plus gros canon dans une tourelle réduit évidemment l'espace de l'équipage. Cela peut être, naturellement, résolu en augmentant la taille de la tourelle mais cela amplifie d'autant plus la complexité de tout le projet. Bien qu'un plus gros canon puisse être, la plupart du temps, monté dans une tourelle plus ancienne, cela réduit fortement le confort de l'équipage, rendant le véhicule plus difficile et plus épuisant à utiliser pour l'équipage. Le Sherman Firefly en est le parfait exemple - son canon 76,2 mm pdr était une amélioration notable par rapport à l'ancien modèle standard 75 mm moyenne vélocité du Sherman, mais les tankistes en Normandie rencontrèrent rarement des tanks allemands suffisamment lourds pour rendre utile un tel gain de performance. Question inconvénients, le véhicule était difficile et fatiguant à manoeuvrer car la tourelle du Firefly n'était pas conçue pour un canon aussi gros, et devenait très exiguë. Quant à savoir si l'impact positif sur le moral des troupes à l'idée d'avoir un tueur de Tiger dans les parages (alors que très peu de Tigers étaient déployés sur le front Ouest) justifiait de tels efforts, cela reste une question qui est encore aujourd'hui débattue par les historiens.

Caractéristiques secondaires du canon – Cela est partiellement lié à l'ergonomie. Pour résumer, les caractéristiques d'un canon englobent plus d'éléments que la seule balistique. Pour détruire une cible, vous devez d'abord la toucher. Pour la toucher, le canon doit d'abord la viser. Les canons plus puissants ont souvent des culasses plus grosses et ont un recul plus marqué. Cela, dans de nombreux cas, réduit fortement l'élévation et la dépression du châssis vu que la partie du canon se trouvant derrière les tourillons (à l'intérieur de la tourelle) heurte le toit de la tourelle, à un moment donné. Le dévers du canon est souvent un problème majeur pour les tanks avec des tourelles à faible profil, comme avec les tanks soviétiques. La cadence de tir est également importante : dans une tourelle étroite, un gros canon peut être très difficile à recharger manuellement en raison du poids et de la taille de l'obus. Dès le calibre 122 mm, vous commencez à atteindre les limites du corps humain : les obus deviennent trop lourds et difficiles à recharger, spécialement dans une tourelle, menant à de fortes baisses de la cadence de tir et au surmenage du pourvoyeur. Les obus supérieurs à 122 mm doivent habituellement être rechargés mécaniquement avec un système de chargement automatique. Ceci est en soi un problème car de tels mécanismes sont également assez complexes et, si ils cassent, cela rend encore plus difficile le rechargement du canon. Un autre problème est la suppression d'un membre d'équipage (le pourvoyeur) : cela fait 25 % de l'équipage en moins et un homme en plus est toujours utile 99 % du temps, qui se passe hors combat, pour des tâches de maintenance et autres.

Mais mettons tout cela en pratique.

C'est le milieu des années 80, et l'OTAN essaie de déterminer comment agir avec la génération de chars de combat principaux soviétiques à venir, qui devait être globalement insensible aux obus actuellement utilisés par l'OTAN. Les Américains ont lancé plusieurs programmes pour améliorer la puissance de feu de l'Abrams, passant d'un canon à âme lisse 120 mm amélioré à un puissant canon 140 mm.

2A83 testbed

Plateforme 152 mm 2A83 (châssis T-72)

Côté soviétique, les choses étaient à peu près identiques. Les avancées attendues des technologies de l'Ouest forcèrent les concepteurs de chars soviétiquesà prendre en compte diverses solutions pour augmenter la puissance de feu, comme passer le calibre du canon de 125 mm à 152 mm.

Ils étaient tout à fait conscients des problèmes que cela allait générer : le calibre 152 est presque impossible à charger manuellement et un mécanisme de chargement plus encombrant devait être installé dans les tanks. Le gain de taille était considérable mais, en dépit de tous ces écueils, les Russes produisirent (sous l'ère soviétique), un certain nombre de prototypes intéressants.

L'histoire du développement des tanks à la fin des années 80 est toujours embrouillée et même les sources russes se contredisent. Ce que l'on sait, c'est que les Soviétiques ont lancé un projet appelé Sovershestvovanie-88” (Amélioration-88) pour produire un char de combat principal de nouvelle génération, ou tout au moins fortement améliorer la flotte existante. Quelques véhicules furent conçus et construits pendant ce projet, dont quelques-uns équipés d'un canon 152 mm.

Le premier projet de canon 152 mm était appelé Object 292. Il s'agissait à la base d'un T-80BV modifié, armé d'un canon 152 mm appelé LP-83 par l'usine de Kirov de Léningrad (Saint-Pétersburg) au milieu des années 80. Le canon a été développé par le bureau d'études Burevestnik. Il y avait beaucoup de controverses autour de ce projet : la plate-forme T-80 était à l'origine jugée trop petite pour accueillir un canon supérieur à 140 mm et devait donc être modifiée. Le développement du canon ne fut pas simple — à l'origine, il devait être rayé mais développer un canon à âme lisse était moins cher et techniquement plus facile, et c'est ce que choisirent les Soviétiques.

292

Object 292

Un prototype unique d'Object-292 fut construit à l'automne 1990. Les tests qui suivirent confirmèrent les améliorations importantes de la puissance de feu par rapport au canon à âme lisse standard 2A46 de 125 mm, notamment une augmentation de 50 % de l'énergie initiale. En parallèle, grâce à sa conception avancée, le canon avait à peu près le même recul que le 2A46, lui permettant d'être installé dans les tanks soviétiques existants. Le châssis du véhicule était stable et le véhicule se comportait correctement. Cependant, suite à la dissolution de l'Union Soviétique et des coupes importantes des budgets qui suivirent, le véhicule ne fut vraiment jamais développé pour en faire une variante de production en série. Le prototype fut laissé à l'abandon pendant des années, jusqu'à son exposition au musée des tanks de Kubinka, où il fut restauré.

Le même destin frappa un autre projet soviétique appelé Object 195,bien que sa genèse soit un peu plus étrange. Object 195 incarnait une nouvelle approche des designs soviétiques précédents et il était armé d'un canon 152 mm différent, le 2A83, monté dans une tourelle sans équipage. Le canon 2A83 était développé à peu près en même temps que le LP-83 mais par une entreprise différente, l'Usine N°9 d'Ekaterinburg. Il s'agissait d'un canon plus long de 55 calibres, à âme lisse et à chargement automatique. Grâce à sa charge plus grande, il était possible de tirer des obus APFSDS avec des vélocités atteignant 2000 m/s.

Object 195 fut développé à Uralvagonzavod, mais même la position de force de l'entreprise de Nizhny Tagil ne réussit pas à épargner les coupes budgétaires qui suivirent l'effondrement de l'Union Soviétique. Un prototype fut construit - cela est clair - mais il y a peu d'informations. Le projet fut annulé en 1991, et fut ressuscité autour de l'an 2000. La seconde phase de développement se poursuivit jusqu'en 2008 jusqu'à son annulation, cette fois définitive. Lisez notre article dédié pour en savoir plus.

Object 195

Object 195

Ces deux projets sont les plus connus autour du canon 152 mm. Il y eut d'autres projets d'entreprises différentes, comme Object 477 “Molot” de Kharkov qui était censé utiliser le canon LP-83, mais ces projets se terminèrent de la même façon que les deux précédents - annulation suite au manque de financement ayant suivi l'effondrement de l'Union Soviétique. Leur histoire sera racontée dans un article à venir, mais revenons à Object 195, car cela fut le projet qui servit de fondation au développement du T-14. Pas directement, mais des solutions développées pour ce tank furent recyclées pour développer l'Armata, le tank qui coupa le souffle au monde entier en 2015.

Avant que l'Armata ne soit présenté, on spéculait beaucoup quant à savoir s'il allait être équipé d'un canon 125 mm ou 152 mm. Comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus, le canon 152 mm et, en principe, compatible avec les plates-formes pouvant héberger un canon à âme lisse 125 mm, en dépit des pénalités subies, dont un prix élevé. Pour résumer, produire et utiliser des canons 152 mm coûte très cher (la durée de vie du canon est bien plus réduite que celle d'un 125 mm, par exemple). Dans un contexte où la Russie fait face à des sanctions internationales et avec un budget militaire serré, un canon 125 mm modernisé est un choix plus rationnel.

Le deuxième aspect est le besoin réel sur le champ de bataille ou, plus précisément, son manque de besoin. Pour faire court, il n'existe aucune cible potentielle qui puisse causer un problème à un canon 125 mm plus long et modernisé. Les États-Unis emploient toujours leurs mêmes vieux Abrams (certes modernisés), qui sont loin d'être indestructibles, comme les pertes récentes des Abrams irakiens ont prouvé. En Europe, les vénérables variantes du Leopard 2A5/2A6 sont progressivement modernisées mais la majorité des flottes de CCP des pays d'Europe est constituées de versions encore plus anciennes du Leopard 2A à la valeur au combat discutable et, pour les pays anciennement membres du Pacte de Varsovie, d'équipements de l'époque soviétique modernisés.

Introduire un canon de plus gros calibre sur les chars russes ne se justifierait que si ses adversaires potentiels possédaient quelque chose de radicalement différent - comme un tout nouveau char de combat principal haute technologie. Les Américains ayant prévu de conserver leurs Abrams pour au moins une à deux décennies de plus, et le projet de CCP européen du futur (souvent, mais incorrectement, appelé Leopard 3) étant au stade de suggestion, l'imminence d'un telle menace dans un futur proche semblait très peu probable.

Le canon 2A83 a été présenté, à un certain moment, comme l'armement de la plate-forme CCP Armata mais, vu les faits listés ci-dessous, cela ne s'est pas produit et le tank fut présenté au public équipé d'un canon à âme lisse 125 mm 2A82 modernisé.

Par rapport au canon à âme lisse 125 mm 2A82, le 2A83 :

  • Est presque deux fois plus lourd (passant de 2,7 tonnes à 5 tonnes)
  • À peu près la même vitesse à la bouche (environ 2000 m/s)
  • À bien plus d'énergie initiale (25 MJ, le 125 mm est à 15-20 MJ)
  • À peu près la même cadence de tir potentielle avec un chargeur automatique (environ 10 coups par minute)
  • La durée de vie du canon est 3 fois moindre (environ 300 coups, 900 pour le 125 mm)

Des obus haute technologie sont en cours de développement pour le 2A83, mais quant à savoir si une version 152 mm du Armata sera construite ou non est un autre débat. Ceci n'est certainement pas une option utopique.

Armata

T-14 Armata

Dans Armored Warfare, nous réfléchissons au moment pour lancer deux véhicules disposant d'un canon 152 mm 2A83 :

  • Prochainement, l'Armata avec canon 152 mm reviendra séparément
  • Le CCP Object 195 arrivera ultérieurement, mais pas dans un futur proche

Ces deux véhicules devraient introduire plus de diversité dans le gameplay haut niveau, avec leur puissant canon. Les performances du canon seront déterminées par l'équilibre entre ses dégâts élevés par tir au prix d'une réduction de la cadence de tir, pour produire des véhicules intéressants et équilibrés.

Nous espérons que vous apprécierez ces véhicules, et à bientôt sur le champ de bataille !

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